
Les Hakka, originaires du bassin du fleuve Jaune, émigrèrent vers le Sud de la Chine par vagues successives afin de fuir les guerres et les famines. Une grande colonie s’installa ainsi à Taiwan au XVIIe siècle. Le nom Hakka signifie « hôtes » ou « voyageurs », en souvenir de leur histoire mouvementée.
Tenus à l’écart par les habitants de souche, les Hakka ont toujours dû se contenter des terres arides que n’occupaient pas les autres Chinois. Aussi leur fallait-il toujours lutter contre un environnement défavorable et se livrer à de longs travaux de défrichement des terres qu’ils occupaient. La configuration généralement très accidentée de leurs zones d’implantation ne leur laissait en outre que peu de surface cultivable. C’est dans de telles circonstances que se sont forgés les traits principaux qui caractérisent les Hakka : l’endurance, la ténacité, un penchant à l’économie et une forte solidarité au sein de la communauté. C’est ainsi que les Hakka ont conquis de nouvelles terres à Taiwan, construisant des villages en des régions arides et isolées pour y cultiver le riz et le thé et pour y perpétuer leur ancienne tradition culturelle.
Les ensembles instrumentaux hakka du Sud de Taiwan sont traditionnellement formés de quatre musiciens : un joueur de hautbois hakkè, deux joueurs de vièle à deux cordes (nixian et huxian) et un percussionniste. Du point de vue de l’acoustique traditionnelle, la combinaison des instruments à cordes et à vent et des percussions crée un ensemble complet. Les Hakka considèrent ce « petit ensemble harmonieux » comme une forme « parfaite ».
Malgré les transformations économiques et sociales, ainsi que l’évolution des notions d’esthétique qui ont poussé les musiciens du Nord de Taiwan à augmenter progressivement leur nombre au sein d’un même ensemble jusqu’à former des groupes de huit, le bayin du Sud est toujours présenté au public en « petit groupe de quatre musiciens, mais bien en harmonie ».
| Chung Yun-hui | direction, hautbois hakkè |
| Chung Tsai-hsiang | vièle nixian |
| Lee Lai-tien | vièle huxian |
| Wu Chin-chang | percussions |
| Yang Chang Shui-mei | chant |
| Wen Tzu-mey Kuo | chant |
Ayant gardé un lien très étroit avec le calendrier des rituels, l’ensemble instrumental de Bayin de Meinung (Sud de Taiwan) a su conserver sa forme traditionnelle. Il se produit à la demande des familles Hakka des régions de Liudui et joue un rôle important dans le déroulement de nombreuses cérémonies. Les membres de cet ensemble sont non seulement d’excellents musiciens, mais aussi les gardiens de traditions anciennes qu’ils transmettent aux jeunes générations lors de cérémonies telles que le mariage ou les funérailles. Ils servent en effet de guides à travers les différentes étapes de ces cérémonies, souvent composées de rituels extrêmement complexes, se rattachant parfois à des concepts anciens, comme l’organisation matriarcale des sociétés.
Chung Yun-hui, leader du groupe du même nom, joue du hautbois hakkè depuis l’âge de 17 ans. Aujourd’hui âgé de 62 ans, il est le dernier maître de musique Hakka de la région de Liudui. Que les concerts aient lieu le jour ou la nuit, il ne quitte jamais ses lunettes noires, en souvenir de ses maîtres de musique qui, selon la tradition, étaient tous aveugles.
L’ensemble Chung Yun-hui présente des pièces du répertoire classique ainsi que des chants populaires, interprétés par les chanteuses Yang Chang Shui-mei et Wen Tzu-mey Kuo.